Ce mercredi matin, une dizaine de résidents de l’EHPAD Marcel-Faure participent à un atelier philosophique consacré à la colère. À partir de cette définition proposée par l’un des participants, la discussion s’engage naturellement. Chacun est invité à partager son ressenti, ses expériences ou sa vision de cette émotion universelle.
Animé par l’association locale Philo graines, ce rendez-vous hebdomadaire est devenu un moment attendu de la vie de l’établissement.
« La mayonnaise a pris dès la première séance. Ces ateliers sont vraiment appréciés », confie Patricia, l’animatrice.
Le projet est né d’une volonté commune portée par Corinne Dupuy-Bonafy, directrice de l’EHPAD Marcel-Faure, dont Nathalie Bernikier, adjointe aux seniors et au CCAS, a salué l’initiative, souhaitant qu’elle devienne pérenne.
Pour donner vie à cette initiative, l’établissement s’est associé à Philograines, une association spécialisée dans l’animation de discussions à visée philosophique. Quatre de ses membres interviennent régulièrement auprès des résidents, sous la coordination de sa présidente, Florence Mons.
L’objectif chaque mercredi est d’offrir un espace où chacun peut réfléchir, échanger et exprimer librement ses idées.
Continuer à penser, quel que soit son âge
Pour Corinne Dupuy-Bonafy, ces ateliers traduisent une conviction forte. En effet, l’entrée en EHPAD ne doit pas marquer la fi n de la vie intellectuelle ou culturelle.
« On ne s’interdit rien, explique-t-elle. Ce n’est pas parce qu’on arrive en EHPAD qu’on doit arrêter de découvrir, de participer ou de réfléchir ». À l’EHPAD Marcel-Faure, la philosophie nourrit les échanges Cette philosophie se retrouve dans de nombreuses initiatives développées par l’établissement, qu’il s’agisse de partenariats culturels, de sorties ou d’activités originales.
Les ateliers philo s’inscrivent pleinement dans cette démarche. Ils reposent sur une idée simple, celle de considérer les résidents comme des êtres pensants, capables de questionner le monde, de confronter leurs points de vue et d’enrichir une réflexion collective.
Le bonheur, la vérité, l’avenir, l’EHPAD de demain ou encore la colère... Autant de sujets abordés et qui sont choisis collectivement et résonnent avec les préoccupations de chacun.
Loin d’un cours magistral, les séances prennent la forme d’un échange ouvert où aucune réponse n’est considérée comme définitive. Chacun peut prendre la parole ou simplement écouter.
Lors de l’atelier consacré à la colère, les participants ont ainsi tenté de décrypter cette émotion, d’en comprendre les mécanismes et les effets sur leur comportement comme sur leurs relations avec les autres.
Au cours de la séance, un aide-soignant participe aux échanges. Habillé en civil, il n’est plus seulement identifié à sa fonction. Sa présence illustre la volonté de l’établissement de sortir des cadres habituels et de favoriser des relations différentes entre professionnels et résidents.
Dans cet espace de discussion, le soignant ne s’occupe plus unique ment du corps, mais participe aussi à la vie intellectuelle et relationnelle des personnes qu’il accompagne. Les échanges peuvent ensuite se prolonger dans le quotidien et nourrir d’autres conversations en dehors des ateliers.
Cette approche contribue à renforcer les liens entre les résidents et les équipes, tout en offrant à chacun l’occasion de se découvrir sous un autre jour. Quand cela est possible, les jeunes du centre social municipal sont également conviés afin d’avoir des discussions intergénérationnelles.
À travers ces ateliers, l’EHPAD Marcel-Faure affirme sa volonté d’être bien plus qu’un lieu d’hébergement ou de soins.
En donnant toute sa place à la parole, à la réflexion et à l’écoute, l’établissement rappelle qu’il n’y a pas d’âge pour philosopher, débattre ou partager ses idées. Une façon de continuer à exercer sa citoyenneté, sa curiosité et son esprit critique, tout au long de la vie.
