À l’Hôpital de la mère et de l’enfant de Limoges, les blouses blanches vont bientôt côtoyer des étoiles.
Depuis sa sélection en février, la Ville et l’établissement médical s’apprêtent à accueillir le programme Art en immersion, un projet culturel inédit destiné aux enfants hospitalisés, piloté par Fondation Free, Culture pour l’Enfance et la commission nationale française pour l’UNESCO.
« On est rarement contactés par la mairie pour un projet comme ça, donc on s’est dit : pourquoi pas ?, raconte le docteur Christophe Piguet, responsable du service hématologie/oncologie pédiatrique. Ce qui nous a intéressés, c’est d’apporter une distraction aux enfants. Quand ils sont hospitalisés longtemps, parfois jusqu’à six semaines, c’est important de leur proposer autre chose que le quotidien médical ».
Immersion grâce à la VR
Concrètement, le dispositif repose sur une expérience immersive en réalité virtuelle.
Équipés d’un casque, les jeunes patients embarquent pour un voyage spatial, du décollage d’une fusée jusqu’aux galaxies lointaines, grâce à un contenu développé en partenariat avec le CNES. Mais l’expérience ne s’arrête pas là.
« Ce n’est pas juste une balade avec un casque, insiste Bianca Champolini, de Culture pour l’enfance, à l’origine du projet. Il y a tout un parcours pédagogique derrière, avec des activités adaptées à chaque enfant. L’objectif, c’est qu’ils soient acteurs, pas simplement spectateurs ».
Chaque étape de l’immersion donnera lieu à des ateliers pensés pour stimuler la curiosité et maintenir un lien avec l’apprentissage.
« On parle d’éducation artistique et culturelle. Il y a un vrai objectif de transmission, pas seulement d’animation », souligne-t-elle.
Ce projet est le fruit de plusieurs années d’expérimentation dans plusieurs hôpitaux en France. Un défi de taille, notamment pour s’adapter aux contraintes médicales.
« Certains enfants ne peuvent même pas sortir de leur chambre, explique Bianca Champolini. Il a fallu repenser entièrement les activités, les rendre individuelles, et concevoir du matériel entièrement désinfectable ».
À Limoges, cette exigence a trouvé un écho favorable. La candidature de la Ville, qui fait partie du réseau ville créative de l’UNESCO, a su convaincre par la mobilisation conjointe des équipes municipales et hospitalières.
« Ce qui fait la réussite d’un projet, ce sont les personnes sur le terrain, rappelle-t-elle. On a senti une réelle implication et une compréhension du dispositif ».
Pour les soignants, l’intérêt est évident.
« L’important, c’est de multiplier les intervenants extérieurs, d’ouvrir les enfants à autre chose, souligne le docteur Piguet. Ça leur permet de penser à autre chose que la maladie, de s’évader un peu ».
Le lancement du programme est prévu dans les prochaines semaines, avec une première phase qui pourrait concerner une quarantaine d’enfants. Une médiatrice spécialisée accompagnera chaque séance, en lien étroit avec les équipes de l’hôpital.
Au-delà de l’innovation technologique, Art en immersion porte une ambition plus large, celle de faire entrer la culture à l’hôpital et de la rendre accessible à tous, quelles que soient les situations.
« Beaucoup des enfants que nous accompagnons n’ont pas facilement accès à la culture, rappelle Bianca Champolini. Notre mission, c’est de leur ouvrir ces portes, même depuis une chambre d’hôpital ».
