Pour célébrer la semaine du rein 2026 qui se tenait partout en France du 7 au 14 mars, l’hôtel de ville était flamboyant.
Durant cette semaine-là, la prévention des maladies rénales était une fois de plus mise en lumière, car 6 millions de personnes en France ignorent qu’ils en souffrent, soit près d’une personne sur 10 !
L’Association limousine pour l’utilisation du rein artificiel à domicile (ALURAD) accompagne les patients qui ont besoin d’être dialysés avec 2 sites à Limoges, 1 à Isle, 1 à Saint-Yrieix, 1 à Guéret, 1 à Brive et 1 à Ussel.
Denise a 75 ans et a choisi le principe de la dialyse Péritonéale de jour – qui se fait soi-même chaque jour à domicile. Lorsque le diagnostic est tombé, il y a 15 ans, sa tension était forte malgré les traitements. « L’annonce du diagnostic et de la nécessité d’être dialysée ont été durs à entendre ! explique-t-elle.
C’est contraignant de faire une dialyse trois fois par jour même si c’est à domicile. Chaque séance dure une trentaine de minutes, mais il faut tout anticiper et tout préparer.
J’ai été formée par une infirmière qui est venue chez moi et aujourd’hui je la fais seule. Je dois prévoir les poches pour faire un drainage d’abord, et ensuite faire passer le dialysant. On ne sent pas grand-chose, mais j’avais tout de même une petite appréhension au début.
À la maison par contre, j’ai quand même dû trouver un espace pour stocker tout le matériel et les produits nécessaires qui sont fournis par l’ALURAD pour plusieurs semaines.
Quand on suit ce traitement, c’est vrai que je suis plus fatiguée, mais il faut l’accepter. C’est aussi compliqué de partir en vacances. D’ailleurs, je préfère rester chez moi avec mes poches », ajoute-t-elle.
Denise est inscrite sur la liste des personnes en attente d’une greffe depuis 2020. En attendant son tour, elle patiente car elle refuse de recevoir le don d’un rein de l’un de ses proches.
D’où vient cette insuffisance rénale ?
« L’insuffisance rénale est une maladie des organes vitaux explique le docteur Zara Dickson de l’ALURAD. L‘équation est simple : sans rein qui fonctionne, on meurt, alors il faut trouver une suppléance à leur rôle par la dialyse ou une greffe.
Le traitement est lourd, mais dans tous les cas nous veillons à respecter le choix des patients selon les solutions qui existent. L’insuffisance rénale chronique touche les deux reins, mais elle est surtout la conséquence d’autres choses. La question est de trouver ce qui détruit les reins avant que leur état ne soit trop dégradé.
Le diabète et l’hypertension sont des facteurs de risque. La prise d’anti-inflammatoire de façon répétée aussi, poursuit le dr Dickson.
En réalité, les symptômes ressentis arrivent tardivement. De nombreuses personnes en insuffisance rénale (30 % environ) sont diagnostiquées aux urgences, des suites d’un malaise ou d’une sensation de mal-être.
À ce stade de la maladie, les reins ne fonctionnent en général plus qu’à 20 % ».
Faire de l’activité physique, adopter une alimentation de type méditerranéenne, diminuer sa surcharge pondérale, éviter l’alcool et le tabac, veiller aux risques cardiovasculaires est aussi protecteur.
« La tension est souvent le symptôme qui apparait en premier, insiste le dr Dickson ; la présence importante de protéines dans les urines aussi est un signe.
Quant au don d’organes, poursuit-elle, il faut en parler et donner des consignes à ses proches. Les dons de son vivant ne peuvent en revanche être réalisés que pour un proche ».
Dialyse à perpétuité
Pierre est maintenant bien connu à l’ALURAD : Pierrot comme ils l’appellent !
Il vient au centre de dialyse 3 fois par semaine. Chaque séance dure 4 heures.
Lorsqu’il travaillait encore, il venait la nuit pour suivre le traitement qui durait alors de 5 à 7 heures.
« C’est une maladie auto-immune qui a détruit mes reins, précise-t-il.
En 2013, j’étais fatigué, j’avais pris du poids, j’avais des œdèmes et les jambes gonflées. Je mettais tout ça sur le compte du travail, mais après une prise de sang et une biopsie, on m’a diagnostiqué une maladie rare (Vascularite à ANCA).
Pour accepter la maladie, j’ai eu besoin d’en parler et j’ai été très bien accompagné par la psychologue du CHU.
En 2013, j’ai commencé une chimiothérapie qui a duré deux ans, mais je n’ai été dialysé qu’en 2015 au CHU, puis à l’ALURAD ensuite.
Nous avons tenté une greffe en 2021 sans succès. Maintenant que je ne travaille plus, je préfère venir à l’ALURAD car je ne suis pas seul pour faire ma dialyse. Cela reste à mon sens un acte infirmier et je suis plus rassuré comme ça ! Et puis comme ma tension n’est pas stable, la dialyse de jour sur place est préconisée.
Mais Pierre garde le moral et adopte un brin d’humour lorsqu’il parle de sa maladie : Je suis en dialyse à perpétuité, lance-t-il. Durant ses séances, il regarde le sport à la télé et se repose.
« Je n’avais pas imaginé qu’autant de malades avaient besoin de dialyse. Heureusement qu’elle existe pour rester en vie. Je pense qu’il ne faut pas se sentir coupable et surtout qu’il faut avoir un caractère fort et se battre pour continuer à vivre ».
