Niki Christou, professeure de chirurgie digestive et chercheuse au sein du laboratoire CAPTuR Inserm U1308, Pierre Jésus, Professeur à l’Unité transversale de nutrition, au Centre labellisé de nutrition parentérale à domicile et au Centre spécialisé de l’obésité du Limousin et Gilles Dudognon, chef étoilé, ont expliqué tour à tour quelle était l’incidence de l’alimentation et de l’activité sur la survenue d’un cancer.
Le chef Gilles Dudognon a fait part de son expérience et partagé ses recettes avec le public, venu avec plein de questions. Un mot d’ordre néanmoins : ne pas culpabiliser si l’on fait des écarts de temps en temps, mais veiller à limiter au maximum les aliments transformés, l’alcool et la viande rouge.
Après les explications du Professeur Christou pour comprendre comment se développe une tumeur cancéreuse, c’est avec des chiffres éloquents qu’elle a captivé le public : 40 000 personnes touchées par un cancer du colon ou du rectum chaque année, un âge moyen de 70 ans pour le diagnostic et 17 000 décès par an.
Si l’on considère que s’il est dépisté tôt, le cancer colorectal se guérit dans 9 cas sur 10, la pertinence du dépistage ne fait aucun doute. Pourtant dans les esprits, certains freins demeurent : le test organisé tous les deux ans pour les 50 / 74 ans consiste à prélever des selles chez soi pour les envoyer gratuitement par La Poste ; rien de plus !
Les explications en vidéo ici
Notez que les cancers se déclarent de plus en plus tôt et que les études prospectives montrent que tout le monde sera concerné en 2040.
Mieux manger pour se préserver
Seulement pour limiter les risques, l’hygiène de vie compte pour beaucoup : activité physique, impacts environnementaux et alimentation.
Les viandes rouges, le noir des saucisses au barbecue, les aliments ultra transformés, les excès caloriques et le gras accumulé dans l’abdomen, dit graisse viscérale, font partie des principaux facteurs de risques.
En face, des aliments protecteurs sont encouragés : les fibres ou les fruits et légumes sans pesticide, en somme le régime méditerranéen.
C’est là que le Professeur Jésus a pris la parole pour expliquer à son tour que la nutrition est une science, et pas un avis ! Et que les bienfaits de l’alimentation ne concernaient pas que le risque de développer un cancer.
Zéro alcool, c’est le mot d’ordre, mais il a aussi précisé qu’avec modération, chacun était libre d’en consommer. Les viandes rouges* sont aussi à limiter surtout si elles sont ultra transformées comme la charcuterie.
Et contrairement aux idées reçues, les compléments alimentaires n’ont d’intérêt que pour pallier une carence ; carence qui sera réduite si l’alimentation est diversifiée. Quant aux édulcorants, ils favorisent le risque de développer un cancer. Mieux vaut un peu de sucre que beaucoup de Stévia ou équivalent. Et en diminuant progressivement la dose de sucre, il est possible de s’en passer après quelques semaines. Les aliments auront d’ailleurs un tout autre goût.
Savoir lire entre les lignes
Pour donner quelques repères au public, le Pr Jésus a ensuite évoqué le nutriscore qui n’a de sens que pour comparer des produits équivalents bien sûr, mais il a surtout présenté la classification NOVA qui s’intéresse aux produits ultratransformés.
Et de remarquer, que mis à part pour le fait maison, ce sont souvent les personnes qui ont adopté une alimentation végan ou végétarienne qui mangent le plus de produits transformés.
Pour en savoir plus, l’application Openfoodfacts est gratuite.
Le repas, un temps pour mastiquer et se retrouver
Lorsque Gilles Dudognon a pris la parole, il a tout d’abord tenu à rappeler l’importance du temps du repas et raconté comment ce geste civilisé que de se retrouver ensemble pour prendre son temps autour d’une table, pouvait aussi être particulièrement bénéfique.
Pour ressentir une sensation de satiété, il faut mastiquer, jusqu’à une quarantaine de fois pour certains aliments. En mastiquant plus, on mange moins !
Il a ensuite donné quelques astuces de cuisinier pour donner du goût, comme préparer des bouillons pour accompagner les cuissons et réduire ainsi l’utilisation de sel, comme la cuisine du week-end qui permet de manger les restes en les revisitant tout au long de la semaine, ou comme la technique de coupe qui change le goût des aliments.
* La viande rouge provient des mammifères, comme le bœuf, le veau, le porc, l’agneau, le mouton, …
